ERWIN BLUMENFELD, LA MODE EST UN JEU

17 Février 2022

Du 17 février au 12 mai 2022, Scène centrale, niveau -1 du Magasin

22_blumenfeld_image_corps_texte_DESKTOP.jpg

« Rage for color », Look, 15 octobre 1958, modèles de gauche à droite Renée Breton, Tess Mail, Dolores Hawkins, Anne St. Marie, Bani Yelverton © The Estate of Erwin Blumenfeld

Percer à jour le transparent et magnifier le monde par la couleur. Dans le studio new-yorkais, les séances sont longues pour les modèles. Les prises de vue se répètent inlassablement. Erwin Blumenfeld n’est jamais satisfait. Il lui faut maîtriser l’éclairage, disposer les accessoires, maquiller, coiffer, etc. Et surtout il faut conserver une touche de mystère à l’image. Alors, le photographe met en place de nombreux artifices, il joue, comme un enfant, avec les effets kaléidoscopiques, brouille les sens par l’usage de filtres divers. Il n’est pas si aisé de maîtriser la couleur. Pour la dompter, il joue des contrastes et l’organise dans un désordre savant. Peu importe les moyens, seul résultat compte, la beauté pure.

22_blumenfeld_compo-triptyque_DESKTOP_3.jpg

De gauche à droite : Sans titre, vers 1948; Variante de la photographie de couverture de Kaleidoscope, novembre 1948, modèle Teddi Thurman; Kaléidoscope pour une publicité pour Charles of the Ritz, 1956 © The Estate of Erwin Blumenfeld

La mise en scène de ses photographies à La Samaritaine souhaite inscrire le visiteur dans un espace singulier de perceptions diverses. Transporté au cœur des images réalisées dans le studio new-yorkais, le spectateur effectue un parcours personnel entre transparences et jeux de cache-cache, dans un univers flottant où rien ne se donne immédiatement. Les effets de profondeur et les illusions d’optique font de cette installation un objet changeant que l’on peut contempler de différents points de vue, un espace qui devient le temps d’une exposition le lieu de la célébration des sens.

22_blumenfeld_compo-triptyque_DESKTOP_2.jpg

De gauche à droite : Corset Lily of France, organdi de Dior, bas Modeltex, sandales Valley, modèle Ruth Knowles devant un paravent de photographies de Blumenfeld, variante de la photographie parue dans Vogue US 15 Février 1953 ; Le Poudrier pour Elizabeth Arden, 1955, modèle Nancy Berg © The Estate of Erwin Blumenfeld; Variante de la photographie parue dans l'article « Retouching the figure », Vogue US, 15 février 1963, p 120, organdi de Dior, corset de Lily of France, bas de Modeltex, sandales en satin par Valley, modèle Ruth Knowles © The Estate of Erwin Blumenfeld

Des voilettes noires, des mousselines et des dentelles, des paravents et des filtres, du maquillage et des éclairages, tout cela recouvre en partie le modèle, si bien que l’on aperçoit du visage que des grands yeux, et que l’on contemple, une jambe sans fin qui surgit de l’écran. Pour Erwin Blumenfeld, cacher ou obscurcir partiellement le sujet n’a pas seulement pour fonction d’alléger le motif. L’opération sublime. Le jeu de cache-cache photographique, la manière de dissimuler résulte du besoin que le photographe a de privilégier des brèches, des ruptures dans l’évidence de ce que l’on voit. En introduisant du blanc ou du flou, en fragmentant l’image, Erwin Blumenfeld rompt avec l’image pleine pour mieux susciter l’envie du découvrement. La fonction de la photographie de mode n’est pas de dire le vrai ni de dire le faux ! Elle est juste ce lieu où se décide la répartition des deux moments. Autrement.

22_blumenfeld_compo-triptyque_DESKTOP_1.jpg

De gauche à droite : Variante de la photographie de couverture de Vogue US, 15 août 1944 ; Photographie utilisée pour la couverture de Harper's Bazaar, 1er novembre 1942 © The Estate of Erwin Blumenfeld

Erwin Blumenfeld

Allemand d’origine juive, Erwin Blumenfeld (1897- 1969) quitte Berlin après la guerre de 14-18 pour s’installer aux Pays-Bas. Il y développe alors ses relations avec l’avant-garde. Proche du mouvement Dada, il expérimente une forme d’art qui ne néglige aucun support. Adepte du collage et du dessin, il trouve dans la photographie, non seulement un langage nouveau mais aussi la possibilité d’une carrière professionnelle.

Installé en France en1936, sa carrière de photographe débute réellement l’année suivante où il s’impose rapidement pour ses qualités de portraitiste. Il va alors mener de front son travail pour la presse magazine et ses collaborations avec les revues d’art comme Verve. Il travaille alors régulièrement pour Harper’s Bazaar et Vogue France. La seconde guerre mondiale le contraint à l’exil. Il se fixe alors à New-York où désormais il va se consacrer presqu’exclusivement à la photographie de mode qu’il va modifier en profondeur par un usage savant de la couleur.

Doté d’un humour cinglant, attaché à la culture européenne, l’homme cherche à renouveler à chaque prise de vue la notion même de portrait, n’hésitant pas à puiser dans un inventaire érudit de références diverses. L’histoire de l’art traditionnel l’accompagne, comme les citations récurrentes à ses premières passions artistiques. La Renaissance italienne, mais aussi l’Impressionnisme et la démarche surréaliste se glissent dans les images, en contrebande. Cet infatigable lecteur, fasciné par les mots, l’écriture et les idées sera malgré tout resté fidèle à une conception du monde sauvé par la création et le rôle de l’artiste dans la société.

erwinblumenfeld.com

De gauche à droite :

1. Sans titre vers 1954, modèle Jean Patchett
2.Variante de la couverture de Vogue US, juin 1949, modèle Catherine Cassidy, robe et chapeau Henri Bendel
3. Variante de la photographie parue dans Vogue US, 1er novembre 1949, p 101, robe Sargent de Christian Dior, modèle Evelyn Tripp
4. Variante de la photographie parue dans Vogue US, 15 mars 1953, p 62, robe Christian Dior et bijoux Verdura, modèle Evelyn Tripp
5. Sans titre, vers 1952, modèle Sunny Harnett
6. Variante de la photographie de couverture de Vogue US, 15 mars 1950, modèle Elise Carlson
7. Variante de la photographie de couverture de Vogue US, 1er mai 1949, modèle, Ruth Knowles
8. « À la Mondrian », variante d’une photographie pour Life, 1954
9. Variante de la photographie parue dans l'article « 6 versions of delicate stockings », Vogue US, 1er février 1954
10. Danseuse des ballets Saddler’s Wells, 1949
11. Variante de la couverture de Vogue US, 15 septembre 1948
12. Sans titre, 1948, modèle Charlotte Payne
13. Variante de la photographie parue dans Vogue US, 1er août 1950, p 63, modèle Dovima
14.Variante de la photographie parue dans l'article « Rage for Color » de Look, 15 octobre 1958, modèle Bani Yelverton
15. Sans titre, vers 1944
16. Sans titre, vers 1947
17. Sans titre, 1956
18. Sans titre, vers 1947
19. Le Poudrier, vers 1950
20. Publicité pour Elizabeth Arden, non daté, modèle Evelyn Tripp
21. Sans titre, vers 1944
22. Variante de la photographie parue dans l'article « Retouching the figure », Vogue US, 15 février 1963, p 120, organdi de Dior, corset de Lily of France, bas de Modeltex, sandales en satin par Valley, modèle Ruth Knowles
23. Autoportrait avec la camera Deardorff, tirage au gélatino-bromure d'argent, New York, vers 1950

© The Estate of Erwin Blumenfeld